Le décès subite d’un commerçant âgé de 65 ans à Bignona en plein rapport sexuel a suscité les interrogations sur les risques cardiovasculaires liés à l’activité sexuelle.
Selon le Dr Aliou Alassane Ngaïdé, médecin vasculaire, réadaptateur et cardiologue du sport, » mourir pendant un rapport sexuel ne signifie toutefois pas que celui-ci est nécessairement à l’origine du décès.
Ces situations existent mais extrêmement rares. Dans la grande majorité des cas, l’activité sexuelle n’est pas la cause directe du décès. Elle peut, dans certaine circonstances, agir comme un déclencheur chez une personne souffrant d’une maladie cardiovasculaire connue ou jusque-là ignorée ». Pour ce spécialiste, le lien existe car l’activité sexuelle demande avant tout un effort physique.
Comme lors de tout effort physique, le coeur et les vaisseaux sanguins sont sollicités. La fréquence cardiaque et la pression artérielle augmentent, s’élèvent progressivement et atteignent un pic au moment de l’orgasme, avant de revenir progressivement à leur niveau normal.
Sous ce rapport, trois types de personnes sont exposées : celles soufrant d’une maladie coronarienne, celles atteintes d’insuffisance cardiaque et celles présentant des troubles graves du rythme cardiaque.
A cela s’ajoutent les principaux facteurs de risque cadiovasculaire que sont : l’hypertension artérielle, le diabète, le tabagisme, l’obésité, la sédentarité, l’excès de cholestérol et le stress chronique.
Chez les personnes atteintes de sévères troubles du rythme cardiaque, l’accélération du coeur lié à l’effort peut, dans de rares situations, favoriser une tachycardie ventriculaire ou une fibrillation ventriculaire, deux troubles potentiellement mortels.
l’âge ne condamne pas l’abstinence
Les personnes âgées sont souvent associées aux faits divers relatifs aux décès survenus pendant un rapport sexuel. Pour le Dr Aliou Alassane Ngaïde, l’âge ne constitue pas, à lui seul, une raison de renoncer à la sexualité. Même à 100 ans, on peut avoir une activité sexuelle correcte, épanouie et sans problème.
Avec l’âge, le risque cardiovasculaire augmente néanmoins. Une personne âgée peut également cumuler plusieurs facteurs de risque, comme l’hypertension, la sédentarité, une baisse de la condition physique ou plusieurs pathologies. Le risque est donc davantage lié à l’état cardiovasculaire global qu’à l’âge pris isolément.
Pour les personnes vivant avec une maladie cardiaque, la situation dépend également de la stabilité de leur pathologie. Une maladie correctement prise en charge ne signifie pas automatiquement qu’il faut renoncer à toute activité sexuelle. Dès l’instant que la pathologie cardiaque est stabilisée, l’activité sexuelle ne devient plus un danger, souligne le cardiologue.
Le message du spécialiste est donc clair : le sexe fait travailler le cœur, mais ne tue pas systématiquement le cœur. Chez une personne en bonne santé, cette sollicitation est généralement bien tolérée. Chez une personne présentant une fragilité cardiovasculaire, elle peut, dans de rares circonstances, agir comme le déclencheur d’un accident.
Au-delà des faits divers, l’enjeu est surtout de mieux connaître son état cardiovasculaire et de contrôler ses facteurs de risque. Car derrière un décès survenu en plein rapport sexuel peut parfois se cacher une maladie cardiaque jusque-là ignorée.
Entre le mythe d’une activité sexuelle dangereuse pour le cœur et la réalité médicale, une nuance s’impose : ce n’est généralement pas le rapport sexuel lui-même qui provoque le décès, mais une pathologie cardiovasculaire sous-jacente que l’effort peut contribuer à révéler ou à déclencher.


