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Aide au développement : les organisations au service des femmes au bord de l’asphyxie

Par Joseph Kama · Publié le · 3 min de lecture

Près de 90 % des organisations internationales œuvrant auprès des femmes et des filles ne disposent plus des ressources nécessaires pour répondre à leurs besoins actuels, alerte ONU-Femmes. Une situation qui survient dans un contexte de recul historique de l’aide au développement, marqué par le désengagement progressif de plusieurs grandes puissances occidentales et la multiplication des crises et conflits.

Près de 90 % des organisations internationales qui fournissent des services aux femmes ne sont désormais plus en mesure de répondre pleinement à leurs besoins, regrette un nouveau rapport d’ONU-Femmes. Une situation inédite depuis le lancement des programmes de développement dans les pays du Sud, qui intervient dans un contexte de profond bouleversement des politiques et mécanismes de financement de l’aide internationale.

« Tandis que les conflits armés atteignent leur niveau le plus élevé depuis 80 ans, les organisations qui dispensent des services vitaux aux femmes et aux filles sont à court d’argent », souligne ONU-Femmes dans son bulletin. L’analyse repose sur les données recueillies auprès de 855 organisations engagées dans la défense des droits des femmes et opérant dans 52 pays affectés par des crises et des conflits.

Le financement international en panne

Cette fragilisation intervient dans un contexte de réorientation des politiques de développement de plusieurs grandes puissances occidentales. Le tournant le plus spectaculaire reste celui des États-Unis, après le démantèlement, en février 2025, de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Créée en 1961 sous la présidence de John Fitzgerald Kennedy, l’agence constituait depuis plusieurs décennies un acteur majeur du financement des programmes humanitaires et de développement.

L’interruption ou la réduction de nombreux financements américains a contraint plusieurs organisations humanitaires opérant en Afrique et dans d’autres régions du monde à suspendre ou à réduire leurs activités, une fois les ressources dont elles disposaient arrivées à épuisement.

Le Royaume-Uni s’inscrit également dans cette dynamique. Début 2025, le gouvernement britannique a décidé de réduire la part de son produit intérieur brut consacrée à l’aide publique au développement, la faisant passer de 0,5 % à 0,3 %, afin de dégager davantage de ressources pour financer l’augmentation des dépenses militaires. Cette orientation devrait également entraîner, à l’horizon 2029, une forte baisse des financements bilatéraux destinés aux pays les plus pauvres d’Afrique.

La France réduit aussi la voilure

La France n’échappe pas à cette tendance. Depuis plusieurs années, Paris réduit progressivement les ressources consacrées à l’aide au développement, notamment à travers une diminution des moyens alloués à l’Agence française de développement (AFD). En 2025, l’aide publique au développement française a ainsi enregistré une baisse significative.

À l’échelle mondiale, le mouvement est encore plus préoccupant. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’aide publique au développement a connu, au cours des deux dernières années, une baisse de plus de 60 milliards d’euros.

Cette contraction intervient alors même que les besoins humanitaires et sociaux continuent de s’accroître, notamment dans les régions frappées par les conflits. Pour les organisations qui accompagnent les femmes et les filles, le paradoxe est désormais criant : les demandes augmentent au moment même où les ressources indispensables à leur prise en charge diminuent.

Au-delà de la seule question financière, cette évolution remet en cause les équilibres qui ont structuré plusieurs décennies de coopération internationale. Elle pose une interrogation centrale : comment répondre à l’aggravation des crises lorsque les financements destinés au développement et à la protection des populations les plus vulnérables se contractent ?

La baisse de l’aide internationale n’est donc plus seulement une question budgétaire. Elle est en train de redessiner les contours de la coopération internationale et, plus largement, la géopolitique du développement. Une recomposition dont les premières victimes pourraient être les populations déjà les plus fragilisées.

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