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CIMETIÈRE MUSULMAN DE YOFF : Le dernier hommage de la Miséricorde à 32 âmes anonymes

Par Joseph Kama · Publié le · 2 min de lecture

L’Association pour la Perfection et la Miséricorde a procédé, le week-end dernier, à l’inhumation de trente-deux corps non identifiés au cimetière de Yoff. Entre prières et amertume, l’imam Gueladio Ka a profité de ce moment de recueillement pour interpeller l’État et la société sur le sort tragique de ces « oubliés », parmi lesquels figurent dix-neuf nourrissons.

Sous le soleil de plomb du cimetière de Yoff, le silence n’était troublé que par les murmures des oraisons funèbres. Trente-deux corps, dont l’identité demeure un mystère, ont enfin trouvé une sépulture digne. Ce contingent de l’ombre était composé d’une femme, de douze hommes et, chiffre plus alarmant, de dix-neuf bébés. Cette opération, fruit de l’engagement bénévole de l’Association pour la Perfection et la Miséricorde, a mis en lumière une réalité sociale souvent occultée.

L’engagement citoyen face à la démission de l’État

Lors de son prêche, l’imam Gueladio Ka, de la mosquée de l’Unité 24 des Parcelles Assainies, n’a pas manqué de saluer le dévouement d’Ameth Gueye et de son équipe. Préparer trente-deux dépouilles nécessite une énergie considérable et des moyens matériels non négligeables : savon, linceuls, tenues de protection. « Rien que la préparation d’un seul corps demande énormément de temps ; à plus forte raison lorsqu’il s’agit de trente-deux corps », a-t-il rappelé, soulignant que ces bénévoles ont agi sans rien attendre en retour.

Toutefois, ce dévouement privé soulève une question de responsabilité publique. Avec une pointe d’amertume, le guide religieux s’est interrogé sur l’absence des autorités : « À qui devait incomber ce budget ? À l’État ! Aujourd’hui, des citoyens sont obligés de suppléer l’État ». L’imam a directement interpellé les services du ministère de l’Intérieur et de l’Action sociale, s’étonnant que les institutions, malgré leurs budgets, délaissent cette charge aux citoyens.

Un cri du cœur pour la dignité humaine

Le sort de ces défunts, dont on ignore tout du passage sur terre, a profondément ému l’assistance. Pour l’imam Ka, le fait que trente-deux personnes ne puissent être identifiées est « profondément inquiétant ». Le cas des dix-neuf bébés a particulièrement cristallisé l’indignation du religieux. « Qui les a rendus anonymes ? », a-t-il lancé, y voyant le signe d’une crise profonde des valeurs.

Selon le guide religieux, cette situation renvoie à une défaillance collective sur les plans moral, éducatif et citoyen. Il a évoqué les drames de l’abandon, souvent liés à des grossesses hors mariage ou à l’extrême pauvreté. Face à ce constat, l’appel à un retour vers Dieu et à une rééducation de la jeunesse sur les préceptes de l’Islam et du patriotisme est apparu comme une urgence.

En refermant ces tombes anonymes, l’imam Gueladio Ka a invité la société sénégalaise à une introspection nécessaire. « Une société ne peut pas rester indifférente face à ce genre de situation », a-t-il conclu, exhortant chaque citoyen à rester constant dans son devoir de solidarité.

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