Une étude scientifique conjointe, menée par l’Université Cheikh Ahmadoul Khadim de Touba (UCAK) et l’Université Alioune Diop de Bambey (UAD), révèle que les retombées économiques de l’édition 2025 du Grand Magal s’élèvent à près de 630 milliards de francs CFA. Ce chiffre, en progression fulgurante, confirme le rôle central de la cité religieuse dans la dynamique de croissance nationale.
La ville sainte de Touba n’est pas seulement le cœur battant de la foi mouride ; elle est devenue, au fil des ans, le pivot d’une activité économique sans précédent au Sénégal. Les résultats d’une recherche multidisciplinaire, présentés mardi dernier en présence d’éminentes autorités gouvernementales et du porte-parole du Khalife général des Mourides, Serigne Bass Abdou Khadre, dressent le portrait d’un événement à la puissance financière démultipliée.
Une croissance exponentielle
Le constat est sans appel : l’impact économique du Magal a été multiplié par 2,5 en seulement huit ans. Alors qu’une étude de 2017 évaluait les retombées à 250 milliards de FCFA, l’édition 2025 a généré une valeur globale de 629,62 milliards de FCFA. Cette manne financière se décompose en 375,31 milliards d’effets directs, complétés par des effets indirects et induits s’élevant respectivement à 102,90 et 151,41 milliards.
Cette dynamique est portée par une affluence record de 5,1 millions de pèlerins. Les secteurs du commerce, des transports, de l’élevage et des services financiers ont été les principaux bénéficiaires de ce flux massif. À titre d’exemple, les dépenses alimentaires des ménages ont atteint 225,52 milliards de FCFA, tandis que la filière élevage a injecté près de 33 milliards dans l’économie. Preuve de cette effervescence : plus de 90 % des commerçants interrogés affichent une hausse significative de leur chiffre d’affaires.
Vers un pôle industriel d’envergure
L’ambition des chercheurs, coordonnés par Souleymane Astou Diagne, dépasse le simple constat statistique. L’enjeu est désormais de transformer ce « pic de consommation » en un véritable moteur industriel permanent. Selon les projections de l’étude, des investissements ciblés dans l’agroalimentaire, le cuir et le numérique pourraient favoriser la création de 100 000 emplois au cours des trois prochaines années.
Le potentiel de la filière cuir est particulièrement mis en exergue : la transformation locale des peaux issues des 100 000 ruminants sacrifiés pourrait donner naissance à une industrie de tannerie et de maroquinerie compétitive. Parallèlement, le développement de l’agrobusiness autour de Touba permettrait de substituer les importations par une production locale de fruits et légumes, générant ainsi des milliers d’emplois durables.
Des défis structurels à relever
Toutefois, pour pérenniser ces acquis, le rapport souligne l’urgence de lever certains goulots d’étranglement. La forte prédominance du secteur informel et la faiblesse des systèmes comptables freinent encore une structuration optimale de l’économie locale. De plus, l’importante pression exercée sur les infrastructures d’eau, d’électricité et d’assainissement durant la période de grâce nécessite une planification rigoureuse.
En conclusion, cette collaboration inédite entre les universités de Touba et de Bambey démontre l’excellence de la recherche sénégalaise, capable de produire des analyses répondant aux standards internationaux. Les auteurs appellent désormais à une synergie entre l’État, le secteur privé et les autorités religieuses pour faire de Touba un pôle industriel de référence, au-delà de sa mission spirituelle originelle.


